La Brèche est un journal d'analyse critique du monde carcéral, passeur des voix qui le peuplent ou qui y sont confrontées. Ce premier numéro est constitué d'un dossier qui aborde les genres et les sexualités en prison.

 

L'EDITO du journal - Printemps 2019 n°1

 

Lorsque nous, membres du Genepi Belgique, nous sommes regroupées pour fonder La Brèche,
nous nous sommes rapidement mis d’accord : nous n’allions pas nous même écrire, mais faire
écrire, nous faire les passeurs des voix qui peuplent le monde carcéral et péri-carcéral. Nous
voulons faire de La Brèche une réelle plateforme d’expression. Pour amplifier ce qui ne se
laisse pas encore dire assez fort. Contrairement aux acteurs d’une revue d’information
classique ou d’une revue scientifique, nous restons activistes. Nous n’avons pas pour vocation
de démêler le vrai du faux, mais bien d’élargir les perspectives, quelles qu’elles soient, et de
briser progressivement les tabous qui entourent la prison. Commencer par un numéro sur les
genres et les sexualités en prison, c’est se frotter immédiatement à ce qui « dedans » comme
« dehors » est le lieu d’une démultiplication des affirmations d’identités et des oppressions.
Dire aujourd’hui de la prison qu’elle est un espace où se démultiplient et s’intensifient les
oppressions du « dehors » peut paraître évident. Pourtant, il nous faudra encore et encore le
faire entendre. Faire savoir que dans la prison on retrouve de manière amplifiée, et d’autant
plus dramatique, les violences faites aux personnes trans*dans la « société libre ». Faire savoir
que les femmes y sont d’autant plus invisibilisées. Que l’homophobie et la biphobie ne
s’arrêtent pas aux portes des prisons. Mais la prison n’est pas qu’un amplificateur. C’est aussi
un système très singulier et spécifique de régulation du social. Et, s’il faut pouvoir dire et
amplifier toutes ces voix, c’est qu’elles affirment des perspectives spécifiques sur la violence,
qui en aucun cas ne peuvent être réduites à autre chose.


L’importance des textes sélectionnés, c’est la voix que chacun d’entre eux porte. C’est à la fois
leur hétérogénéité et le fait de les considérer ensemble. Ils ne se répondent pas forcément, et
peuvent même se contredire. Ce n’est pas une erreur de choix éditorial. Mais une volonté de ne
rien oublier, de ne rien amoindrir. Ces différences de perspectives soulignent la complexité de
l’objet traité, le système carcéral, et les manières de le cerner. Tous les contributeurs et toutes
les contributrices — détenus, ex-détenues, associations, théoriciens, chercheuses, activistes,
conteurs — ont été confrontées à la violence du système pénitentiaire. Tous et toutes sont
critiques, mais chacune l’a été selon une position propre et sans aucune équivalence possible.
C’est en cela que nous ne cherchons pas à démêler le vrai du faux, mais plutôt à permettre,
chaque fois, un déplacement du curseur selon la manière d’être en prise avec le monde
pénitentiaire. Notre tâche est portée par la critique des politiques pénitentiaires, mais nous ne
pouvions nous arrêter à la dénonciation. Celle-ci a sa force, mais s’arrête bien souvent aux
portes des prisons. Multiplier les prises, et les manières de les dire, nous permet de mettre en
avant « ce que peuvent nous apprendre les personnes incarcérées ». À la lecture de ces textes,
nous espérons susciter et exprimer comment les personnes incarcérées peuvent concerner
celles et ceux qui sont en dehors des murs. Nous voulons aussi nous adresser aux personnes
incarcérées. Faire entrer La Brèche dans ce monde clos, oublié, invisibilisé, qu’est la prison.
Mais ce n’est pas pour apprendre quelque chose aux personnes détenues et à celles qui
travaillent dans le monde carcéral. Ce que nous pouvons rendre visible, c’est la possibilité de la
circulation très matérielle de leurs manières de dire la violence. Activer ainsi des expérimentations
politiques entre le « dedans » et le « dehors ». Finalement, montrer que nous n’oublions
pas ce qui se passe derrière les portes fermées de nos prisons, et afficher notre soutien à celles
et ceux qui en subissent les violences.

Le philosophe Michel Foucault affirmait que pour connaître l’état d’une société, il fallait aller voir ses hôpitaux et ses prisons. Avec ce journal, nous voulons ouvrir une porte sur le monde carcéral, permettre à chacun et chacune de l’observer, pour questionner son fonctionnement, qui à son tour questionne celui de notre société. Mais il s’agit aussi de montrer que la prison, dans son extrême violence, dans son cadenassage, est un lieu où il peut se passer quelque chose. C’est-à-dire montrer les lieux, les modes sur lesquels les acteurs et actrices se réapproprient leurs capacités d’agir, les lieux où se trament des résistances et se créent des brèches.

Ci-dessous le pdf du journal ainsi que le podcast de présentation de La Brèche à l'occasion d'une invitation à l'émission Tranche d'Anar sur Radio Air Libre.

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